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Jack l'Eventreur


L'affaire Jack l'éventreur est sans doute l'une des plus grande énigme de l'histoire du crime.
En pleine époque victorienne, en grande Bretagne, un tueur sème la panique.
Soupçonné d'avoir envoyé des lettres sarcastiques à la police, il disparaît après le meurtre d'une cinquième prostituée. En dépit de toutes les rumeurs le mystère reste entier. En 1888, il a assassiné cinq prostituées en quatre mois dans le misérable quartier de Whitechapel, à Londres. Il les a égorgées et mutilées avec une violence rare, et s'est réellement déchaîné sur sa dernière victime, qu'il a mise en charpie. Malgré le long travail de la police, il n'a jamais été arrêté. Les théories les plus folles courent encore sur son identité, et passionnent des centaines de "Ripperologues". D'innombrables livres et films ont été produits à son sujet, offrant chacun "la" solution de l'énigme... qui ne sera sans doute jamais connue.

5 victimes et 10 semaines de terreur sont à l'origine d'un mythe qui dure depuis plus d'un siècle. Cinq meurtres lui sont attribués mais deux autres crimes (Martha Tabram, Emma Smith) furent longtemps considérés comme faisant partie de son oeuvre. Ils sont d'ailleurs toujours inclus dans les dossiers de Scotland Yard.


Avant le premier meurtre "officiel" de Jack l’Eventreur, les habitants de Whitechapel entendirent parler d’autres meurtres et agressions de femmes dans le quartier. Il est difficile de savoir si ces meurtres ont bien été commis par l’Eventreur mais dans l’esprit des habitants, tous ces crimes étaient liés.

Ainsi, le 2 avril 1888, Emma Smith, une prostituée de 45 ans, fut agressée vers 19h. Elle fut frappée à la tête, violée et un objet pointu fut introduit en elle. Elle mourut d’une péritonite 4 jours plus tard. Elle expliqua à sa logeuse que plusieurs hommes l’avaient attaquée et volée.

Le 7 août 1888, une prostituée de 37 ans, Martha Tabram, fut assassinée sur le palier du George Yard Building, vers 2h30 du matin. Selon le rapport d’autopsie du Dr Timothy Killeen, elle fut poignardée 39 fois dans la poitrine, le ventre et le bas ventre avec un couteau. Son cou n’avait pas été tranché et son abdomen n’était pas mutilé. A l’exception d’une blessure infligée par un grand couteau ou une baïonnette, elle avait été poignardée avec une sorte de canif.

Les habitants de Whitechapel pensèrent que ces agressions étaient liées mais Martha Tabram avait été tuée sans raison, sûrement par un seul homme, alors qu’Emma Smith avait été attaquée par plusieurs hommes qui voulaient la voler. Et la nature des blessures était différente. Seul le meurtre de Martha Tabram pourrait être l’œuvre de Jack l’Eventreur.


Le premier meurtre "officiel" de l’Eventreur fut commis quelques semaines plus tard :

Le 31 août 1888 vers 3h45 du matin, deux passants qui se rendent à leur travail, découvrent le corps de Mary Ann Nichols. Quelques minutes à peine s'écoulent avant l'arrivée de l'agent de police Neil qui effectue une ronde, puis vers 4h00, le docteur Rees Ralph Liewelyn arrive sur les lieux. C'est lui qui pratiqua l'autopsie du corps qui a été lavé, malgré les ordres de la police.  Il fit porter son corps à la morgue de Old Montague Street afin de l’examiner plus en détails.

Son rapport médical est consigné dans le "Times" ( The mystery of Jack the Ripper, édition W.H.Allen, 1929 p.28-29).


Le cou de la victime avait été coupé deux fois, violemment, sectionnant sa trachée et son œsophage. Son abdomen avait été mutilé, sans doute avec un grand couteau. Il présentait une blessure longue et profonde ainsi que d’autres coupures plus bas. La femme avait également été frappée à la mâchoire. Selon Philip Sugden ("The Complete History of Jack the Ripper"), cette femme était allongée sur le sol, sans doute inconsciente (peut-être déjà morte), lorsque ces blessures lui avaient été infligées : le sang formait une petite flaque sous son cou et le reste avait été absorbé par le dos de ses vêtements. Si elle avait été mutilée alors qu’elle était debout, il y aurait eu du sang partout, devant elle, sur les murs, sur sa poitrine.


Dès le 4 septembre 1888, plusieurs articles parurent dans la presse, le tueur de Mary Ann Nichols est surnommé : "Leather apron" (Tablier de cuir). Des prostituées indiquaient que, depuis plusieurs mois, elles avaient été menacées par un homme décrit comme costaud à la nuque très épaisse, de petite taille, âgé de 38 à 40 ans environ, portant une casquette et un tablier de cuir. D'après un article du "Star", daté du 5 septembre 1888, "tablier de cuir" se déplace silencieusement et de manière sinistre.

 

Le 8 septembre 1888 vers 6h du matin, le corps d'Annie Chapman surnomée par ses amis “Annie la Sombre” (Dark Annie), 47 ans,  est découvert par John Davis, un vieil homme qui vivait avec son épouse et ses trois fils au 29 Hanbury Street, dans  l'immeuble où la victime logeait.


Annie Chapman était prostituée, sans logis, dormait dans les asiles de nuit lorsqu’elle avait assez d’argent ou errait dans les rues à la recherche de clients qui lui donneraient quelques pièces pour se nourrir et se loger.

En 1869, elle avait épousé John Chapman, un cocher. Des trois enfants qu’ils eurent, l’un mourut d’une méningite et un autre devint boiteux.


La mauvaise santé et l’alcoolisme d’Annie et de son époux provoquèrent la fin de leur mariage. Les choses empirèrent lorsque John décéda car Annie perdit alors le peu d’argent qu’il lui versait comme pension. Le choc émotionnel provoqué par sa mort fut aussi terrible que la perte financière et Annie Chapman ne s’en remit jamais.
Souffrant de dépression et d’alcoolisme, elle fit du crochet et vendit des fleurs. Puis, elle se tourna vers la prostitution, malgré son visage peu avenant et ses dents pourries. C’était une femme gentille qui évitait les problèmes.


Dix-sept personnes habitaient là, dont 5 possédaient des chambres avec vue sur la scène du crime. Et certains avaient laissé leur fenêtre ouverte. Le marché de Spitalfields ouvrait à 5h du matin et beaucoup de gens y étaient présents avant cette heure afin de préparer leurs étalages. Certains résidents du 29 Hanbury Street quittaient leur logement à 3h50 du matin pour aller travailler. Les rues autour du marché étaient remplies de véhicules commerciaux qui livraient leurs marchandises au marché.


Toutefois, bien que le soleil se soit levé à 5h23 ce matin-là et que tant de personnes aient été présentes à cette heure matinale, personne n’avait entendu de bruit suspect, ni de cris, et personne n’avait vu qui que ce soit avec du sang sur ses vêtements ou un couteau à la main.

Il y avait un baquet d’eau clair près de l’endroit où la femme avait été trouvée, mais le meurtrier ne l’avait pas utilisé pour se laver les mains ou nettoyer son arme. Le risque qu’il avait pris, à tuer en plein jour, avec tout ce monde, était incroyable. Et pourtant, personne n’avait rien vu.
Le corps est allongé sur le dos et sa robe est remontée à hauteur des genoux, tandis que les intestins de la victime ont été placés sur son épaule gauche. On découvre l'enveloppe déchirée d'Annie Chapman contenant deux pilules ainsi qu'un tablier de cuir bientôt reconnu, comme appartenant à John Richardson et qui relance brièvement la polémique sur le mystérieux « Tablier de cuir».

Le 30 septembre 1888 : le tueur fait d'une pierre deux coups.
Vers 1h00 du matin le vendeur ambulant Louis Diemschutz découvre le cadavre de Elizabeth Stride.

Elle est couchée sur le flanc gauche, son bras droit repose sur l'estomac alors que le gauche se trouve derrière le dos et tient encore à la main un sachet contenant des noix d'acajou.
La main droite est ensanglantée et la bouche légèrement entrouverte. Une écharpe est nouée autour de son cou et la partie inférieure du tissu est élimée comme par l'action d'un couteau qui lui a également tranché la gorge, de gauche à droite. Le corps est encore chaud et vierge de toute mutilation abdominale, ce qui laisse à penser que l'assassin a été dérangé par l'arrivée de Louis Diemschutz.

Lorsque le docteur Frederick Blackwell arriva sur les lieux, il  remarqua que la femme était allongée sur le côté, les jambes tendues. Son corps était encore tiède, excepté ses mains : elle était morte peu de temps auparavant. Sa main gauche tenait encore un petit paquet de noix de cajous et elle portait une écharpe. Son cou avait été coupé d’un côté à l’autre, profondément.
Le docteur Phillips, médecin de la police, arriva rapidement. Blackwell et lui estimèrent l’heure de la mort entre 00h36 et 00h56…

La police fouilla l’endroit mais ne trouva aucune arme ni indice. Les enquêteurs déterminèrent néanmoins que Louis Diemschutz  avait traversé la cour vers 00h40, environ 20mn avant que le corps ne soit découvert, et n’avait rien vu d’étrange ni qui que ce soit dans les alentours.





Extrait du rapport
de police
(cliquez pour agrandir)

Vers 1h45 de la même nuit, l'agent Edward Watkins , qui effectue sa ronde, découvre le corps de Catherine Eddowes dans Mitre Square, à quelques centaines de mètres de là.
Mitre Square est au centre d'un labyrinthe de rues étroites, de passages et d'impasses.

Le policier passa vers 1h30 et ne vit rien de particulier. Il revint vers 1h45 (45mn après la découverte du corps à Dutfield's Yard) et tout lui sembla calme et désert. Mais lorsqu’il tourna sa lanterne vers l’un des coins de la cour, il découvrit le corps mutilé d’une femme.




Elle était allongée sur le dos dans une marre de sang, sa robe remontée au-dessus de sa taille, la gorge coupée et ses entrailles à l’air.
Watkins courut jusqu’au magasin de George Morris, un agent de police à la retraite, qui travaillait également comme veilleur de nuit. Grâce à son sifflet, il fut rapidement rejoint par d’autres collègues. Les policiers commencèrent à fouiller l’endroit et à chercher un éventuel suspect.
Vers 2h00, le docteur Frederick Gordon Brown arriva sur les lieux et examina le corps.


Le corps de Catherine Eddowes est éventré « comme un cochon au marché » déclare l'agent Watkins. La jambe gauche est allongée alors que la droite est pliée à hauteur du genou. La gorge est profondément tranchée jusqu'à l'os, sur une longueur d'environ 18 centimètres. Les instestins ont été retirés et placés sur l'épaule droite. Un morceau d'intestin d'environ soixante centimètres est retrouvé entre le corps et le bras gauche. Le lobe et le pavillon de l'oreille droite ont été coupés obliquement. Le visage a particulièrement souffert : une incision à travers la paupière a tranché l'oeil gauche; une autre, similaire et parallèle à l'oeil droit; le nez est coupé en travers, jusqu'à séparer la joue droite en deux. Plusieurs coupures sont constatées sur les lèvres.
La peau des joues est particulièrement pelée par des coups de couteau.
On distingue deux contusions sur la joue gauche. L'abdomen est complètement ouvert du sternum au pubis, d'une seule incision se dirigeant de bas en haut. Le foie a été poignardé avant d'être coupé à deux reprises. L'aine, le pancréas, l'artère rénale gauche et la paroi du péritoine ont été tranchés. La matrice a été emportée par l'assassin, mais il en reste environ un centimètre attaché au corps. Le rein gauche, plus soigneusement coupé, a également disparu.

Elle n’avait pas d’argent sur elle et il sembla qu’elle n’avait pas lutté contre son agresseur.
Les policiers ne parvinrent pas à comprendre comment le tueur avait pu agir, surtout en si peu de temps, dans Mitre Square. Beaucoup d’agents de police patrouillaient dans ce quartier à cette heure. En plus de l’agent Watkins et du veilleur de nuit Morris, un autre policier, dont la ronde incluait une partie de Mitre Square, était passé vers 1h42 et n’avait rien vu ni entendu. Un autre agent de police vivait non loin et avait dormi sans être réveillé par quoi que ce soit.
L’assassin s’était approché de sa victime sur la place, l’avait étranglée, égorgée, éventrée puis s’était enfui, et tout cela en l’espace de 15mn.

A 2h55, le policier Alfred Long trouva un morceau de tablier de femme ensanglanté dans l’entrée d’un bâtiment de la Goulston Street, vers le nord-est de Whitechapel, non loin d'une fontaine publique à l'eau rougit de sang (il est possible que le meurtrier s'y soit lavé les mains). Juste au-dessus du tablier, écrit à la craie blanche sur le mur de briques noires, on pouvait lire :

The Juwes are (Les Juifs - avec une faute d’orthographe - sont)
The men That (Les homme Qui)
Will not
be Blamed (ne Seront pas Accusés)
For nothing (Pour rien)

Le morceau de tablier appartenait à la femme qui avait été assassinée dans Mitre Square et la police pensa que l’inscription avait été faite par le tueur.
Un policier fut laissé en faction devant l’inscription et on demanda à ce qu’il soit photographié. Mais avant que cela fut fait, Sir Charles Warren, le Préfet de Police, ordonna de l’effacer. Warren allait être violemment critiqué pour cette décision mais expliqua que l’inscription était visible de tous et ne pouvait être couverte : il craignait que si la population de Whitechapel la lisait, les juifs furent lynchés et leurs magasins détruits.

Le tueur avait-il été capable d’accomplir ces deux meurtres en peu de temps, et notamment les mutilations de la seconde victime, sans être vu par un policier ou un passant, alors que le quartier était sur ses gardes ? Et il avait peut-être même pris le temps d’écrire sur le mur…
La police interrogea tous les habitants des maisons alentours. Les passants qui s’étaient réunis pour voir le corps furent eux-aussi interrogés.

La première victime était grande, gracile et portait des cheveux marrons bouclés. Elle était vêtue de noir et une rose rouge décorait son gilet. Aucun objet de valeur ne fut trouvé dans ses poches.
Elle fut malgré tout identifiée comme Elizabeth Stride, née en Suède en 1843. Elle était venue en Angleterre pour y travailler comme domestique. Elle avait inventé une histoire selon laquelle elle avait survécu au naufrage du Princess Alice en 1878 (une collision entre deux navires le Bywell Castle et le Princess Alice sur la Tamise avait fait 786 morts), et affirmait que son époux et ses deux enfants s’étaient noyés.
Cette histoire lui avait été utile pour obtenir de l’aide de l’Eglise Suédoise de Londres et provoquait souvent la sympathie à son égard. La vérité était que son mari, John Stride, était un survivant de la tragédie du Victoria (en 1881, un bateau à vapeur, le Victoria, avait coulé avec plus de 200 passagers) mais qu’il était décédé par la suite dans un asile pour nécessiteux.
Elle vivait avec un ouvrier nommé Michael Kidney depuis 3 ans. Les gens l’appréciaient et la surnommaient "Long Liz". Elle se prostituait rarement et gagnait sa vie en faisant de la couture ou des ménages. Il lui arrivait de se saouler et elle se mettait à crier et à insulter les gens. Elle avait déjà été arrêtée pour ce genre de fait.
Elle avait quitté son asile de nuit dans la soirée et n’avait dit à personne où elle allait. Elle était partie avec un peu d’argent mais sans la rose sur son gilet.

Le Dr Phillips affirma qu’elle était morte de ses blessures à la gorge. Il n’y avait aucun signe de strangulation, mais le tueur avait pu tirer Liz vers lui par son écharpe, puis lui couper la gorge. Le Dr Blackwell expliqua que le tueur devait être quelqu’un "habitué à utiliser un lourd couteau". (Il est possible qu'Elizabeth Stride n'ait pas été une victime de l'Eventreur : il semble qu'elle n'ait pas été étranglée avant d'être égorgée, et le couteau était plus large et moins pointu)
Cette fois, de nombreux témoins contactèrent la police pour expliquer qu’ils avaient vu Liz juste avant sa mort.
L’un des témoins était l’agent de police William Smith, qui avait fait sa ronde près de Berner Street et avait vu Liz parler avec un homme vers minuit et demi, peu avant son meurtre. L’homme que Smith avait vu avait "environ 28 ans". Il portait "un chapeau de chasse sombre et un manteau noir", une chemise blanche et une cravate. Il avait un paquet dans les mains et avait "l'air respectable".
Un autre témoin, Israël Schwartz expliqua à l’inspecteur Swanson qu’à 00h45, il avait vu un homme s’arrêter et parler à une femme qui se tenait debout devant la cour. L’homme avait essayé de tirer la femme en direction de la cour mais elle avait résisté et il l’avait jetée à terre. Elle avait crié mais pas vraiment fort. Croyant assister à une dispute, Schwartz s'était éloigné. De l’autre côté de la rue, il avait vu un homme sortir d’un pub. Cette homme ou celui qui avait tiré la femme vers la cour avait crié "Lipski" (Israel Lipski était un Juif qui avait empoisonné une jeune anglaise en 1887 et son nom était depuis utilisé pour insulter les Juifs). Schwartz, Juif lui-même, avait pris peur et s’était enfui. Il avait eu l’impression que l’homme du pub l’avait suivi.


Schwartz identifia le corps de Liz comme celui de la femme qu’il avait vu jetée à terre, puis décrivit l’homme qui l’avait poussée : environ 30 ans, environ 1m65, cheveux brun, moustache, vêtu de noir, une casquette noire à visière, rien dans ses mains. L’homme du pub avait environ 35 ans, 1m80, des cheveux châtains, une moustache, un manteau sombre, un chapeau noir à bords larges.
La police prit les témoignages de Smith et de Schwartz très au sérieux. Deux autres témoins apparurent peu après. William Marshall vivait au 64, Berner Street et s’était tenu non loin du lieu du meurtre vers 23h45, plus d’une heure avant le meurtre.


Il avait vu Liz discuter avec un homme d’âge moyen, portant une casquette à visière assez courte "comme un marin", plutôt corpulent, de taille moyenne, habillé comme un employé de bureau avec une veste noire et qui parlait "comme un homme éduqué". Malheureusement, Marshall n’avait pu voir le visage de l’homme. Liz avait très bien pu parler à un autre homme que son assassin, une heure avant le meurtre.
Un dénommé James Brown contacta la police pour annoncer qu’il avait vu Liz vers 00h45, quelques minutes avant sa mort. Brown avait estimé l’heure plutôt que d’en être sûr : il n’avait pas de montre. Lorsqu’il avait atteint l’intersection de Berner et de Fairclough Street, il avait vu Liz parler à un homme. Brown avait entendu Liz dire : "Pas ce soir, un autre soir". L’homme était assez grand et portait un long manteau sombre.
Ces témoignages n’aidèrent malheureusement pas la police à trouver un suspect.

La femme assassinée dans Mitre Square fut plus facilement identifiée car elle avait sur elle des billets de dépôt de gage. La police les fit connaître au public et un homme, John Kelly, vint expliquer qu’il avait vécu avec cette femme durant 7 ans dans une chambre au 55 Flower et Dean Street. Catharine Eddows, appelée Kate par tous ceux qui la connaissaient, était une femme gentille, amicale et toujours heureuse, connue pour sa bonne humeur et son amour du chant. Comme les autres victimes, elle avait périodiquement des problèmes avec l’alcool, qui la poussait à se quereller avec ses compagnons et sa famille.
Elle était née en 1842. Ses parents étaient morts lorsqu’elle était enfant. A 16 ans, elle était tombé amoureuse de Thomas Conway et était partie vivre avec lui. Ils vécurent ensemble 20 ans et eurent trois enfants. Mais Kate buvait trop et Conway la battait, aussi le couple se séparât-il en 1880. L’année suivante, Kate rencontra John Kelly et ils s’installèrent ensemble. Ses amis affirmèrent que Kate n’était pas une prostituée, mais il lui arrivait de vendre ses charmes, peut-être sous l’effet de l’alcool.
Le soir de sa mort, Kate avait dit à John Kelly qu’elle allait rendre visite à sa fille pour lui emprunter un peu d’argent. Il lui avait parlé du tueur de Whitechapel et lui avait conseillé de ne pas s’attarder. Kate l’avait rassuré en lui affirmant qu’elle prendrait soin de ne pas tomber entre ses mains. Mais elle ne se rendit pas chez sa fille et parvint à trouver assez d’argent pour aller se saouler dans un pub et finir dans une cellule du commissariat de police de Bishopsgate Street. Elle dormit là jusqu’à 00h30, puis on la laissa sortir. Inquiète du fait que John Kelly allait sûrement la réprimander si elle rentrait trop tard, elle se pressa de partir. Mitre Square était à moins de 10mn de là.

Comme dans les meurtres de Polly Nichols et Annie Chapman, la gorge de Kate avait été profondément tranchée de gauche à droite, ce qui avait causé sa mort. Le Dr Brown, qui fit l’autopsie, expliqua que l’abdomen avait été ouvert et les intestins détachés. Le rein gauche avait été prélevé avec soin, sans être abîmé. L’utérus avait été coupé horizontalement et presque entièrement enlevé, alors que le vagin et le col de l’utérus n’avaient pas été endommagés. Le foi, l'aine, le pancréas avaient été tranchés. Selon le Dr Brown, le meurtrier avait utilisé un couteau très aiguisé d'environ 15cm de long. Il ajouta : "L'instigateur de cet acte devait avoir une grande connaissance anatomique, pour réussir à retirer le rein et connaître sa position. De telles compétences peuvent être acquises par quelqu'un habitué à tuer des animaux... Il a fallu au moins cinq minutes pour perpétrer ces mutilations".
Le visage de Kate était mutilé au niveau des yeux, une partie du nez avait été coupé, ainsi que le lobe de son oreille droite.

Un témoin, Joseph Lawende, qui avait quitté l’Imperial Club vers 1h35 avec des amis, vint expliquer qu’il avait vu un couple discuter dans Church Passage, près de Mitre Square. Lawende reconnu les vêtements de Kate. L’homme qui parlait avec elle avait environ 30 ans, était de taille moyenne, vêtu d’un manteau gris, arborait une petite moustache claire et portait un une casquette à visière grise ainsi qu'un foulard. A peine 10mn plus tard, Kate était assassinée.

Que dire de l’inscription à la craie découverte une heure plus tard, non loin du morceau de tablier de Kate Eddowes ?
Il existe plusieurs théories et interprétations.
La première (sans doute la bonne) est que le message n’a pas été écrit par le tueur mais plutôt par un quelconque antisémite, et que le tueur a, par coïncidence, jeté là le morceau de tablier avec lequel il avait essuyé son couteau. L'inspecteur en chef Swanson indiqua dans un rapport que l'inscription étaient ancienne, un peu estompée.
Une autre théorie, proposée par Walter Drew, officier de police à Whitechapel en 1888, est que le message "représente le geste de défi d’un juif dérangé, euphorique après ses ‘triomphes’ sanglants de Dutfield Yard et de Mitre Square". L’un des nombreux problèmes de cette interprétation est qu’il n’existe aucun dialecte ou patois dans lequel "Jews" (Juifs) s’écrit "Juwes" : le message aurait donc plutôt été écrit par une personne illettrée.
La troisième théorie était que le message avait bien été écrit par le tueur, mais était "un subterfuge intentionnel dans le but d’incriminer les Juifs et d’éloigner la police de la piste du véritable meurtrier". Cette théorie était celle qui avait les faveurs de Scotland Yard et de la communauté Juive.
En tout cas, l’auteur du message ne fut jamais identifié.

Les habitants de Whitechapel furent terrifiés, choqués, indignés et courroucés. Ils se réunirent dans les rues pour demander la démission de Sir Charles Warren et du ministre Henry Matthews... sans succès

Le 8 novembre 1888 vers 10h45 le matin, John Bowyer découvrit le corps de Mary Jane Kelly. Celui-ci était passé chez la victime, dans le but d'encaisser l'argent du loyer.
Une vision d'horreur se présenta alors à lui.

Il vit une femme dénudée, allongée sur le lit, couverte de sang et apparemment morte. Sans attendre d'effectuer un examen plus détaillé se rendit au poste de police. La victime était allongée sur le dos, la gorge tranchée profondément d'une oreille à l'autre. Les oreilles et le nez avaient été coupés, de même que les seins qui étaient posés sur une table de nuit adjacente au lit. L'estomac et l'abdomen avaient été largement ouverts, tandis que les traits du visage étaient complètement méconnaissables. Les reins et le coeur avaient été retirés du corps pour être également placés sur la table, a côté des seins. Le foie détaché de la cavité abdominale, reposait sur la cuisse droite. Les parties génitales du corps ainsi que l'utérus avaient été tranchés. Les cuisses étaient également mutilées. Les vêtements de la femme étaient placés de l'autre côté du lit, comme s'ils avaient été retirés et rangés de façon ordinaire.


Les draps étaient au pied du lit, un geste que le meurtrier avait dû effectuer après avoir tranché la gorge de sa victime. Aucune trace de lutte était apparente, tandis qu'une fouille minutieuse des lieux ne permit pas de retrouver l'arme du crime.

Les lettres envoyées à la police

Les habitants du quartier étaient terrrorisés mais il semble que ces meurtres amusèrent une certaine catégorie de la population car des centaines de lettres prétendument écrites par le tueur furent envoyées à la police, aux journaux et à certains enquêteurs.
La plupart d'entre elles n'étaient que des faux écrits soit par des journalistes en mal de sensationnel ou par des fous s'amusant à susciter davantage de terreur.
De nombreux "Rippologues" pensent que toutes ces lettres étaient des "canulars".
Des experts de Scotland Yard, et certains membres de la police alors chargée de l'enquête en ont authentifiées un certain nombre (la lettre du "Cher Patron", la carte postale "Saucy Jacky "(Jack le sanglant), et la "Lettre de l''Enfer").
Seules trois de ces lettres semblent intéressantes. Deux, en particulier, ayant été écrites par la même main, ont données son surnom de "Jack l’Eventreur" à l’assassin.
La lettre suivante, écrite à l’encre rouge, fut reçue par le Central News Agency (un organisme méconnu du grand public... mais pas des journalistes) le 27 septembre 1888, et était adressé au directeur, "The Boss", du journal.

Transcription de la 1ere lettre :

 


1ère lettre


"25 Sept 1888

Cher patron,
Je continue d’entendre que la police m’a attrapé mais ils ne vont pas m’arrêter de si tôt. J’ai rit lorsqu’ils prit un air intelligent et ont affirmé être sur la bonne piste. Cette blague concernant Tablier de Cuir m’a vraiment fait rire. Je cherche des putains et je n’arrêterai pas de les mettre en pièces jusqu’à ce que je sois bouclé. Beau travail que mon dernier boulot. Je n’ai pas laissé à la dame le temps de couiner. Comment pourraient-ils m’attraper maintenant. J’aime mon travail et je veux recommencer. Vous allez bientôt entendre parler de moi avec mes petits jeux amusants. J'ai gardé un peu de cette matière rouge de mon dernier travail dans une bouteille de bière amère pour vous écrire mais c'est devenu une sorte de glue épaisse et je ne peux pas l'utiliser. L'encre rouge vous conviendra j'espère ha ha. La prochaine fois, je couperais les oreilles de la dame et je les enverrais aux chefs de la police juste pour rigoler un peu. Gardez cette lettre jusqu'à ce que j'ai fait un peu plus de travail, ensuite vous pourrez l'utiliser comme il faut. Mon beau couteau est si affûté que je veux me mettre au travail de suite dès que j'aurai cette chance.

Bonne chance.

Votre dévoué
Jack l’Eventreur
Je m'excuse si je donne mon nom de plume”.

Sur la même lettre, écrit horizontalement : "n’était pas assez bon pour que je la poste avant que j’ai enlevé toute l’encre rouge de mes mains maudite soit-elle. Pas de chance. Ils Disent que je suis un docteur. Maintenant ha ha".

L’éditeur considéra que la lettre était un faux et ne l’envoya pas à la police avant plusieurs jours. Le lundi qui suivit le double meurtre, la Central News Agency reçu une autre lettre, postée du 1er octobre, et portant la même écriture :

“Je n’étais pas lubrique cher vieux patron lorsque je vous ai donné ce tuyau. Vous entendrez parler du travail effronté de Jacky demain double événement cette fois numéro un a crié un peu n’ai pas pu terminer tout de suite. N’ai pas eu le temps de prendre les oreilles pour la police merci d’avoir gardé la dernière lettre jusqu’à ce que je recommence à travailler.

Jack l’Eventreur "


2ème lettre

La police fit circuler les lettres dans ses services et en placarda des fac-similés sur les murs de chaque commissariat de police au cas où quelqu’un pourrait reconnaître l’écriture. Mais rien d’intéressant n’en résultat.

La 3ème lettre importante fut envoyée le 16 octobre à George Lusk, le dirigeant du Comité de Vigilance de Mile End.
La lettre fut envoyée avec un morceau de rein humain. Lusk en fut bouleversé. L’un des membres du comité affirma qu’il devait s’agir d’un rein d’animal préservé dans du vin et ils l’apportèrent au Docteur Thomas Openshaw, du London Hospital, afin qu’il l’examine. On publia tout et n’importe quoi sur ce que dit le Dr Openshaw, et qu’il nia par la suite. Ce dont on peut être sûr est que le Dr Openshaw établit que le rein était celui d’un être humain adulte, qui avait été préservé dans de l’alcool de vin plutôt que du formol. Il est possible que ce rein ait été atteind de la maladie de Bright (ou "néphrite"), mais les avis des médecins étaient partagés.
La lettre accompagnant le rein n’avait pas été écrite par l’auteur des deux lettres signées Jack l’Eventreur. Elle comportait de nombreuses fautes d'orthographes :


"De l’enfer,

Monsieur Lusk

Monsieur (Sor)
Je vous envoie la moitié du rein (kidne) que j’ai pris à une femme prasarvé (prasarved) pour vous l’autre (tother) morceau je l’ai frit et mangé c’était très bon (nise) je vous enverrai peut-être le couteau (knif) ensanglanté qui l’a enlevé si vous attendez (wate) un peu (a whil) plus longtemps.

Signé
Attrapez-moi quand
vous pourrez
Monsieur (Mishter) Lusk"


3ème lettre


L’une des ces lettres a-t-elle été envoyée par le véritable tueur ? Les spécialistes et les chercheurs (les "ripperologues") considèrent souvent que les deux premières lettres sont des faux, bien qu’elles présentent des informations que seul l’assassin devait connaître.
L’auteur de la lettre dit qu’il enverra des oreilles à la police mais le tueur ne l’a jamais fait. Le lobe de l’oreille de Kate Eddowes était coupé, mais sûrement par un coup de couteau visant le visage. Vu les mutilations qu’il a pu accomplir, le tueur aurait eu largement le temps de lui couper les oreilles s’il en avait eu l’envie.
La prévision des deux meurtres durant la même nuit a été présenté comme une preuve que ces lettres étaient authentiques. Toutefois, la lettre a été postée le matin du 1er octobre (le timbrage l'indique), alors que tous l’est de Londres bourdonnait déjà de la découverte du double meurtre. Tout le monde était au courant dès le dimanche et en parlait. Ce n’était donc pas une prévision.

L’auteur des deux lettres affirme également que Liz Stride a crié mais seul un des nombreux témoins a affirmé avoir entendu une femme crier. Les autres témoins n’ont rien entendu de toute la nuit.
Déjà à l'époque, Scotland Yard pensait que cette lettre avait été écrite par "un journaliste trop imaginatif". L'enveloppe de la première lettre était timbrée "London EC", des districts de Gray's Inn Road et Fleet Street, siège de la très grande majorité des journaux.
Par la suite, les hauts gradés de la police affirmèrent catégoriquement que ces deux lettres étaient l'oeuvre d'un journaliste.

La lettre adressée à Monsieur Lusk semble plus plausible. Le Dr Brown, lors de l'autopsie de Catharine Eddowes, indiqua que son rein encore présent était "pâles, exsangue, avec une légère congestion à la base des pyramides", ce qui décrit les symptômes de la maladie de Bright. Kate Eddows en souffrait vraisemblablement.
Il est possible que la troisième lettre ait véritablement été écrite par l’Eventreur et que le rein ait appartenu à Kate Eddows, mais on ne peut absolument pas le prouver de nos jours.

Il existe de nombreuses théories sur l’identité de Jack l’Eventreur.

D’après les dires enquêteurs et des divers témoins, mais aussi d’après les techniques de profiling modernes, on peut dire que l’Eventreur était un homme blanc, de taille moyenne, sans doute brun, qui avait entre 25 et 35 ans en 1888, qui pouvait être un ouvrier (mais qui s'habillait bien lorsqu'il voulait tuer), qui vivait à Whitechapel, qui avait sûrement un emploi régulier (les meurtres n’ont eu lieu que les week-ends) et qui était sûrement célibataire (il sortait tard la nuit). Il se peut qu’il ait été solitaire, discret et peu intégré à la société.


A l’époque, Whitechapel baignait dans l’antisémitisme et l’on accusait souvent un "étranger" (donc un Juif) d’être le tueur. D’autres on pensé qu’un "gentleman britannique" ne serait jamais capable de telles horreurs et que l’Eventreur devait être Américain. Les auteurs et les rumeurs ont également pointé du doit des Russes, des communistes, des Français, des asiatiques, des marins, des médecins, des militaires, etc, selon les haines et les convictions du moment…

Depuis un siècle, de nombreux livres ont été écrits, qui assurent avoir découvert la véritable identité de l’Eventreur. Souvent, leurs auteurs présentent des preuves qui s’ajustent à leur théorie, tout en dénigrant ou ignorant les faits qui ne corroborent par cette théorie…
Le nombre de suspects est élevé, il n’en existe aucun qui soit totalement convaincant et il y a peu de chance que l’on connaisse jamais la véritable identité de l’assassin.
Certains suspects ont attiré l’attention plus que d’autres, souvent à cause de leur célébrité.


L’une des théories les plus connues (et les plus populaires) est celle de la conspiration royale : le Prince Albert Victor, surnommé Eddy, était le petit-fils de la reine Victoria et en ligne directe vers le trône du Royaume-Uni. Son père devint par la suite le roi Edouard VII. Si "Eddy" avait vécu plus longtemps (il est décédé à 28 ans), il serait devenu roi à son tour.
La théorie est la suivante : Albert Victor aimait fréquenter les rues de Whitechapel, où il rencontra une jeune femme nommée Annie Crook, qu’il installa dans une garçonnière. Elle tomba enceinte et, selon certaines versions, épousa secrètement le prince lors d’un mariage Catholique (les Rois britanniques étant "anglicans"). D’autres versions racontent que l’enfant fut illégitime. Epouser une Catholique d’un niveau social très bas était inacceptable pour un futur roi et le vent du scandale parvint jusqu’à sa grand-mère la reine, qui insista pour que le problème soit "résolu". Le Premier Ministre confia cette mission au médecin de la reine, le Dr Gull.

Sir Melville Macnaghten succéda à Sir Charles Warren comme préfet de la Metropolitan Police, après que les meurtres de l’Eventreur aient officiellement cessé. Toutefois, l’enquête continua jusqu’en 1892 et Macnaghten avait accès aux dossiers de police. Son rapport final explique pourquoi, à son avis, les meurtres ont cessé après celui de Mary Kelly. Le tueur, après ce dernier meurtre abominable, aurait "perdu l’esprit" et se serait suicidé, ou, sous la pression de sa famille, aurait été enfermé dans un asile.
Macnaghten proposa trois suspects qui auraient pu être Jack l’Eventreur :

- Montague John Druitt, un médecin de bonne famille, qui disparut peu après le meurtre de Mary Kelly et dont le corps (qui serait resté près d'un mois dans l'eau) fut découvert dans la Tamise le 31 décembre 1888, sept semaines après le meurtre. Il était sexuellement aliéné (sic) et, d’après des informations privées que je possède, je sais que sa propre famille croyait qu’il était l’assassin.
- Aaron Kosminski, un Juif polonais et résident de Whitechapel. Cet homme est devenu fou suite à de trop nombreuses années de vices solitaires (onanisme). Il avait une grande haine des femmes, en particulier des prostituées, et avait de fortes tendances homicides. Il a été envoyé dans un asile d’aliénés en mars 1889. Il existe de nombreuses circonstances reliées à cet homme qui en font un suspect sérieux.
- Michael Ostrog, un docteur Russe, et un prisonnier, qui fut par la suite détenu dans un asile d’aliénés comme maniaque homicide. Les antécédents de cet homme étaient du pire type possible et on ne put jamais savoir où il était au moment des meurtres.

L’inspecteur en chef Abberline n’était pas d’accord avec Macnaghten concernant ces trois suspects. En 1903, il affirma : "Vous pouvez dire carrément que Scotland Yard n’est vraiment pas plus instruit sur le sujet qu’il ne l’était il y a 15 ans".
Toutefois, l'Inspecteur Abberline avait lui-aussi son "suspect préféré", un dénommé George Chapman, qui fut pendu en 1903 pour avoir empoisonné son épouse.

Un suspect est apparu dans le livre de Evans et Gainey, en 1995, “Jack the Ripper : First American Serial Killer" : Francis Tumblety. Il a été cité dans un courier de l'inspecteur en chef Littlechild à un journaliste, en 1923. Il était Américain et sa famille s’installa à Rochester, aux Etats-Unis en 1849.

En 1992, un dénommé Michael Barret, ferrailleur de Liverpool, annonça publiquement qu’il avait découvert un journal intime écrit par un courtier en coton nommé James Maybrick, décédé en 1889. Dans ce journal, Maybrick affirmait être Jack l’Eventreur. Barrett affirma qu’un de ses amis, Tony Devereux lui avait donné ce journal, mais Devereux, décédé, ne lui avait pas expliqué comment il se l’était procuré.
On s’était toujours demandé pourquoi les meurtres de l’Eventreur avaient soudainement commencé en août 1888 et avaient cessé tout aussi brutalement en novembre de la même année. Le journal intime de Maybrick offrait soi-disant la réponse, car ce dernier était mort en mai 1889…

On (Abberline, entre autre) a suggéré que l’Eventreur a pu être une sage-femme qui aurait mutilé les 5 victimes afin de maquiller des décès provoqués par un avortement clandestin. Les "ripperlologues" l'ont surnommée "Jill l’Eventreuse".
Mais il existe de nombreuses objections à cette théorie, notamment le fait qu’aucune des victimes n’était enceinte lorsqu’elles ont été assassinées. De plus, aucune femme tueuse en série n’a jamais accompli de mutilations sadiques.

Le Dr Roslyn D’Onston Stephenson ou Robert Donston Stephenson était un journaliste et un ivrogne féru d’occultisme. L’auteur Melvin Harris l’a désigné en 1987 comme tueur potentiel en arguant du fait que les meurtres de l’Eventreur avaient été commis lors d’un rituel d’initiation (un pentagramme possède 5 pointes, comme 5 victimes). Stephenson, imbu de lui-même, avait été renvoyé de plusieurs emplois. Il était fasciné par la magie noire et s’intéressait beaucoup aux crimes de l’Eventreur. Il avait 47 ans en 1888. Il fut suspecté par ses amis, associés du sataniste Aleister Crowley, car il leur avait expliqué en détail comment l’Eventreur assassinait ses victimes. Le problème étant que ses descriptions étaient tout à fait erronées. Il n’existe aucune preuve tangible le reliant aux crimes de l’Eventreur.

L’auteur Michael Harrison a affirmé que James Kenneth Stephen, tuteur du Prince Albert Victor, était Jack l’Eventreur parce qu’il détestait les femmes et était peut-être homosexuel. Harrison soutient que Stephen vouait un amour passionné au Prince Albert et que ses meurtres auraient été une sorte de rituel sanglant, une vengeance après une rupture avec le Prince. Ce mobile est difficile à admettre. Stephen a eu un accident en 1887 qui a provoqué de graves lésions cérébrales et l’a laissé à demi invalide. Il est mort dans un asile d’aliénés en 1892. Il n’existe aucune preuve contre lui.

Le Dr Thomas Neil Cream était un tueur en série, il a empoisonné 8 femmes en Angleterre et en Europe, dont 4 prostituées Londoniennes. Mais son seul lien avec l’Eventreur est qu’il a crié « Je suis Jack l’… » juste avant d’être pendu, en 1892. En fait, il était emprisonné aux Etats-Unis lors des meurtres de 1888 et est resté en prison jusqu’en juillet 1891.

Le Dr Alexander Pedachenko, un chirurgien, soi-disant ex-membre des services secret russe, pratiqua la médecine à Glasgow avant de s’installer à Londres au milieu des années 1880. Selon l’auteur Donald McCormick, en 1888, la police secrète russe considérait Pedachenko comme "le plus grand et le plus audacieux de tous les criminels déments russes". McCormick, reprenant la théorie d’un journaliste Britannique du 19ème siècle, William Le Queux, affirmait que Pedachenko et deux serviteurs auraient commis les meurtres de l’Eventreur avec la volonté politique d’embarrasser Scotland Yard, afin de les punir d’avoir "choyé" des exilés russes dissidents. Théorie passionnante, mais il n’existe aucune preuve pour l’étayer, surtout lorsque l’on sait que les documents cités par Le Queux et McCormick pour étayer cette théorie sont inexistants ou introuvables.

Un autre suspect a été désigné pour la première fois en 1976 par Stephen Knight (Jack the Ripper: The Final Solution), au beau milieu de la théorie de la conspiration royale du Prince Albert Victor : Walter Sickert, un peintre impressionniste Britannique, très célèbre en son temps. Il aurait donné des cours de peinture au Prince et c’est grâce à lui que le Prince aurait rencontré Annie Elizabeth Crook, alors qu’elle posait pour lui. Stephen Knight expliqua qu’il tenait cette histoire du fils illégitime de Sickert, Joseph Sickert. Ce dernier, interrogé en 1978, admit avoir inventé cette histoire "pour plaisanter". Joseph Sickert a également prétendu être le petit-fils du Prince Albert Victor et avoir été pourchassé par l'Eventreur du Yorkshire, Peter Sutcliffe...
En 1990, Sickert est réapparu dans le livre de Jean Overton Fuller (Sickert and the Ripper Crimes), qui l’accusait, cette fois directement, des crimes.
Sickert a été replacé sur le devant de la scène par la romancière Patricia Cornwell en 2002. Elle affirme que Jack l’Eventreur était Walter Sickert. Ses peintures représenteraient les meurtres de l’Eventreur. Sickert, impotent, aurait détesté les femmes. Il aurait envoyé des lettres à la police se vantant des meurtres.

Les officiers ayant enquêtés sur les meurtres de l’Eventreur avaient chacun leur avis sur l’identité de l’assassin. Il est donc difficile de se faire une opinion et la tache est ardue pour les chercheurs qui doivent aujourd’hui trouver de nouvelles preuves plutôt que dénicher celles qui ont été perdues. En effet, d’innombrables preuves ont disparu. Quasiment tous les dossiers la City of London Police ont brûlé durant le Blitz de la Seconde Guerre Mondiale.
Certains auteurs ont affirmé que les dossiers avaient été volontairement détruit afin de garder secrète l’identité du meurtrier… Mais la vérité est plus prosaïque. Dès le début de l’affaire, des objets, des rapports, des lettres, des dossiers ont été "empruntés" comme souvenirs. Au début du 20ème siècle, lorsqu’il n’y avait plus de place, les secrétaires jetaient les dossiers les plus anciens, sans se soucier de leur contenu. Lorsqu’Abberline a été interviewé en 1903, le journaliste a réalisé que l’ex-Inspecteur était entouré de dossiers officiels, qu’il avait tout simplement emmené avec lui lorsqu’il avait prit sa retraite. Il n’a sûrement pas été le seul. Beaucoup de "ripperologues" ont eux-mêmes volés des souvenirs et l’on sait qu’un certain nombre de documents ont disparus entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. C’est pour cette raison que les documents restant ont été copiés sur microfilm.

Le quartier de Whitechapel



Lieux des 5 meurtres


Whitechapel est l'un des quartiers le plus sordide de la capitale. Près de 80.000 personnes vivent dans ce dédale de ruelles étroites. C’est le repère des petits truands, vagabonds, et des prostitués.
Durant l’air Victorienne, l’Est de Londres (East End) était un endroit à part de la ville, un ghetto tant économique que social. 900 000 personnes vivaient dans des taudis infâmes. Les troupeaux de moutons étaient menés à travers les rues jusqu’à l’abattoir et le sang coulait directement dans les ruelles. On marchait dans les excréments. Les ordures et les eaux d’égouts engendraient une odeur horrible. Les familles vivaient souvent à 8 dans une chambre et les célibataires dans des hospices ou des asiles de nuit surpeuplés, dans des conditions déplorables.

La plupart des habitants de l’East End ne travaillaient qu’occasionnellement et étaient mal payés, ou étaient chômeurs de longue date, ou encore criminels. Ils vivaient au jour le jour, et lorsqu'ils travaillaient, avaient souvent des emplois épuisants et mal rémunérés.
Plus de la moitié des enfants mourraient avant l’âge de 5 ans. Beaucoup de ceux qui survivaient étaient mentalement ou physiquement handicapés. Des centaines d'orphelins étaient à la rue et certains finissaient dans des maisons closes.

Les femmes étaient souvent exploitées, mal payées et obligées de faire des heures supplémentaires. La prostitution était l’un des seuls moyens de survie pour une femme seule. Il permettait surtout de gagner en une nuit l'équivalent d'une semaine de salaire d'une simple ouvrière. La police estimait qu’en 1888, il y avait 1200 prostituées à Whitechapel (pour 60 000 dans tout Londres) et 62 maisons closes, sans compter les femmes qui tentaient d’obtenir quelques suppléments à leur maigre salaire en se prostituant occasionnellement. Les prostituées travaillaient directement dans la rue, sombraient très souvent dans l'alcoolisme et ne devaient qu'à la chance d'éviter les maladies vénériennes (la syphilis, notamment). Les souteneurs étaient nombreux et traitaient les prostituées avec mépris et violence. Elles risquaient également d'être agressées par des "gangs" de voleurs qui les frappaient avec des gourdins pour leur dérober leur argent.

De nos jours, Jack l’Eventreur serait un tueur en série comme les autres et sans doute pas le plus célèbre. Il n’a tué "que" cinq femmes, des prostituées, dans un quartier immonde fourmillant de criminels.

Le dossier de l’Eventreur fut classé en 1892, l’année où l’Inspecteur Abberline prit sa retraite, sans que l'identité de l'Eventreur ait été établie. La légende ne faisait que commencer...


 
London Dungeon
Le London Dungeon est un mélange de faits historiques, d'effets de scène théâtraux, d'acteurs live et de manèges. Il ne s'agit pas d'une maison hantée. Chaque élément, histoire, ou scène est basée sur des faits historiques.


La présentation animée recrée toutes les atmosphères, depuis le Grand Incendie, Great Fire, jusqu’aux épisodes les plus sombres du Londres victorien. Suivez les traces de Jack l’Eventreur ou empruntez la barge d’un bourreau, en route vers son horrible destin. Attention au réalisme de la salle des tortures : il paraît que les condamnés exécutés ont la fâcheuse habitude d’y revenir à la vie…

Tube : London Bridge (Northern & Jubilee lines)
Site officiel : www.thedungeons.com

 
 
 
 
 
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